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Biographie de Ummon Bunʼen

  • Tirée de Gotō egen

Ummon Bunʼen était disciple de Bokushū Dōmyō et de Seppō Gison. Bien qu’il ait connu l’éveil pour la première fois avec Bokushū, il est généralement reconnu comme un disciple de Seppō. Il venait de l’ancien Jiaxing (situé à mi-chemin entre les villes modernes de Shanghai et de Kōshū). Dans sa jeunesse, il devint moine auprès d’un maître vinaya nommé Zhicheng. Après avoir été l’assistant de ce maître pendant de nombreuses années, Ummon quitta le Vinaya pour étudier auprès de Bokushū Dōmyō.


Quand Bokushū entendit Ummon arriver, il ferma la porte de sa chambre. Quand Ummon frappa à la porte, Bokushū demanda :

  • Qui est-ce ?

  • C’est moi, répondit Ummon.

  • Que veux-tu ?

  • Je ne suis pas au clair à propos de ma vie. J’aimerais que vous me donniez quelques instructions, dit Ummon.

Bokushū ouvrit la porte et, dès qu’il vit Ummon, la referma.

Ummon revint trois jours d’affilée, frappant à la porte et se la voyant refermer à chaque fois. Le troisième jour, lorsque Bokushū ouvrit, Ummon enfonça son pied dans l’embrasure de la porte.

Bokushū attrapa Ummon et cria « Parlez ! Parle ! »

Alors que Ummon commençait à parler, Bokushū le repoussa et dit : « Trop tard ! »

Bokushū claqua alors la porte, ce qui coinça le pied de Ummon et le cassa. À ce moment, Ummon connut l’illumination.


muzhou demanda à Ummon de se rendre auprès de Seppō. Lorsque Ummon arriva dans un village situé au pied du mont Xue, il rencontra un moine.

Ummon lui demanda : « Tu vas retourner au temple aujourd’hui ? »

« Oui. » répondit le moine.

Ummon lui dit : « Voudrais-tu bien poser une question à l’abbé, mais sans lui dire qu’elle ne vient pas de toi. »

Le moine accepta et Ummon poursuivit : « Quand tu seras au temple, attends le moment où tous les moines se seront rassemblés et où l’abbé sera monté sur son estrade. Puis avance, lève les mains et dis : “Il y a une_cangue_[1] en fer sur la tête de ce vieux bonhomme. Pourquoi ne pas l’enlever ?” »

Le moine fit ce que Ummon lui avait demandé.

Quand Seppō vit le moine agir ainsi, il descendit du siège, attrapa le moine et lui dit : « Parle ! Parle ! »

Le moine ne sut que répondre.

Seppō le repoussa et dit : « Ce n’était pas ton discours. »

« C’était le mien ! » protesta le moine.

Seppō demanda qu’on lui amène une corde et un bâton [pour attacher et battre le moine].

Le moine lui dit : « Ce n’était pas ma question ! C’était celle d’un moine, au village. »

Seppō dit : « Moines ! Allez au village et accueillez dignement celui qui aura cinq cents disciples. »

Le lendemain, Ummon vint au monastère.

Quand Seppō le vit, il lui dit : « Comment se fait-il que tu sois arrivé ici ? »

Ummon baissa alors la tête. C’est ainsi que l’affinité entre Seppō et Ummon s’est créée.


Le jour où Ummon entra pour la première fois dans la salle en tant qu’abbé, le gouverneur de Kōshū vint en personne et lui dit : « Je vous demande de me prodiguer votre précieux enseignement ».

Ummon lui répondit : « Il n’y a rien de spécial à dire. Il vaut mieux que je ne parle pas et ainsi que j’évite de vous tromper. Je suis désolé d’avoir déjà joué le rôle d’un vieux renard rusé pour vous tous. Si un homme lucide me voyait là, maintenant, je serais l’objet de ses rires.

« Mais puisque je ne peux éviter de prendre la parole, alors je vous poserai à tous la question : dès le commencement, quel est le problème ? Qu’est-ce qui vous manque ? Je n’ai rien à dire. Il n’y a rien à voir. Vous devez vous en sortir tout seul. Et ne me posez pas de questions stupides. Mon esprit, il n’y a qu’un brouillard noir. Demain et après-demain, il y aura beaucoup d’affaires à régler. Si vous êtes disposé à rester ici et à ne pas retourner à vos vies habituelles, à vous occuper des portes et des jardins construits par les anciens, à quoi bon tout cela ? Vous chercher à comprendre ? C’est simplement dû à votre bourbier d’illusions, accumulées depuis des kalpas innombrables. Vous entendez quelqu’un vous donnez une explication et cela vous fait douter, alors vous posez des questions sur Bouddha et sur les Patriarches, vous allez fouiller à gauche et à droite. Et en cherchant une solution, vous vous laissez attraper par les choses. Cet esprit inquiet est loin du compte. Il est toujours pris dans les mots et les phrases. Ce dont vous avez besoin,n’est-ce pas l’esprit non intentionnel ? Ne faites pas d’erreur pas sur ce point. Il n’y a plus rien à dire. Faites attention ! »


Ummon s’adressa aux moines en ces termes : « Pourquoi venez-vous tous errer par ici, à la recherche de quelque chose ? Je ne sais que manger et chier. À quoi bon expliquer autre chose ?

« Vous avez fait des pèlerinages de tout côté, vous avez étudié le zen et vous vous êtes renseignés sur la Voie. Mais je vous demande, qu’avez-vous appris dans tous ces endroits ? Voyons voir et vérifions ! Au milieu de tout cela, qu’a obtenu le maître de votre maison ? Vous avez traîné derrière de vieux camarades, vous avez attrapé ce qu’ils ont déjà mâché et recraché, puis vous l’avez appelé “ma maison”. Vous dites alors : “Je comprends le Zen” ou “Je comprends la Voie”, et même si vous pouvez réciter tout le canon bouddhiste, qu’allez-vous en faire ?

« Les anciens ne savaient pas quand s’arrêter. Ils vous voyaient courir de partout et quand ils disaient “bodhi” et “nirvana”, ils vous étouffaient et vous poignardaient. Puis quand ils ont vu que vous n’avez pas compris, ils ont dit “pas de bodhi” et “pas de nirvana”. Il aurait dû être clair dès le départ que cela ne fait que tourner en rond ! Et maintenant, vous cherchez des commentaires et des explications !

« Vous qui agissez ainsi, vous détruisez notre école. Où tout cela vous a-t-il mené ?

« Quand je faisais des pèlerinages, il y avait des personnes qui me donnaient des explications. Elles étaient bien intentionnées. Mais un jour, j’ai vu à travers ce qu’elles disaient. Elles sont la risée de tous. Si je vis encore quelques années, j’irais casser les jambes de ceux qui détruisent notre école ! Aujourd’hui, il y a beaucoup de circonstances auxquelles se mêler. Pourquoi n’y êtes-vous pas ? Quel bout de merde séchée cherchez-vous ici ? »

Ummon descendit alors de son estrade et chassa les moines de la salle avec ses assistants.


On se souvient de Ummon pour ses « barrières d’un mot » laconiques.


Un moine demanda : « Qu’est-ce que le zen ? »

Ummon répondit : « Oui. »

Le moine : « Qu’est-ce que la Voie ? »

Ummon : « Atteindre. »


Un moine demanda : « Si les parents ne le permettent pas, alors on ne peut pas quitter la maison. Comment peut-on quitter la maison ? »

Ummon répondit : « Peu profond. »

Le moine : « Je ne comprends pas. »

Ummon : « Profond. »


Ummon dit à la congrégation : « Jour après jour, vous allez et venez sans cesse en posant des questions. Si vous deviez traverser une rivière, comment le feriez-vous ? »

Un résident de longue date du monastère répondit : « Pas. »

Ummon fut très satisfait de cette réponse.


Ummon a dit : « Une vraie personne de la Voie peut parler du feu sans se brûler la bouche. Elle peut parler toute la journée sans bouger les lèvres ou prononcer un seul mot. Toute la journée, elle se contente de porter ses vêtements et de manger sa nourriture, mais n’entre jamais en contact avec un seul grain de riz ou un seul fil de tissu.

« Lorsque nous parlons de cette manière, c’est tout simplement la manière de notre école. Elle doit être présentée ainsi pour être réalisée. Mais si vous rencontrez un vrai moine en kesa de notre école et que vous essayez d’en révéler l’essence par des mots, vous perdrez votre temps. Même si vous obtenez une grande compréhension par le biais d’un seul mot, vous n’aurez fait que somnoler ».


Un moine demanda : « Quelle est la signification de “Tous les dharmas sont le bouddhadharma” ? »

Ummon répondit : « Les mamies de la campagne se pressent sur la route. »

Le moine : « Je ne comprends pas. »

Ummon : « Tu n’es pas le seul. Beaucoup d’autres ne comprennent pas. »


Un moine demanda : « Comment doit-on agir chaque heure du jour pour que les Patriarches ne soient pas trahis ? »

Ummon répondit : « Abandonne tes efforts. »

Le moine : « Comment devrais-je renoncer à mon effort ? »

Ummon : « Abandonne les mots que tu viens de prononcer. »


Un jour, Ummon frappa avec son bâton un pilier dans la salle des moines en disant : « Les trois véhicules et les douze collections parlent-elles ? »

Il se répondit alors à lui-même : « Non, elles ne parlent pas. »

Puis il cria : « Bah ! Un esprit de renard sauvage ! »

Un moine demanda : « Que veut dire le maître ? »

Ummon : « M. Zhang boit le vin et M. Li est ivre. »



Source

Andrew E. Ferguson, Zen's Chinese heritage, 2000, ISBN 0-86171-163-7 978-0-86171-163-5.