Pendant l’ère Kaiyuan[1], sous la dynastie des Tang, Baso pratiquait la méditation dans le monastère de Nangaku, qui vit tout de suite qu’il était un bon instrument pour le dharma.
Nangaku lui demanda un jour : « Dans quel but es-tu assis en méditation ? » Baso répondit : « Pour devenir Bouddha. »
Nangaku prit alors un morceau de brique et se mit à le frotter contre un rocher. Baso demanda :
- Que voulez-vous faire en polissant ce morceau de brique ?
- Je la polis pour en faire un miroir, répondit Nangaku.
- Comment peut-on obtenir un miroir en polissant une brique ?
- Si l’on ne peut obtenir un miroir en polissant une brique, comment peut-on devenir Bouddha en restant assis en méditation ?
- Alors, que dois-je faire ?
- Lorsqu’un buffle est attelé à une charrette, si la charrette n’avance pas, doit-on fouetter le buffle ou la charrette ?
Baso resta sans réponse.
Nangaku poursuivit : « Désires-tu apprendre à être assis en dhyāna ou à être assis en Bouddha ? Si tu veux apprendre à être assis en dhyāna, sache que le dhyāna ne relève ni de la position assise ni de la position couchée. Si tu veux apprendre à être assis en Bouddha, sache que le Bouddha n’a pas de caractéristiques déterminées. Ne demeure sur rien, ne saisis rien, ne rejette rien. Assis en Bouddha, tu tues le Bouddha. Si tu t’attaches à la notion de position assise, tu n’atteindras pas la vérité absolue. »
Baso écouta ces paroles comme s’il buvait de l’ambroisie. Il se prosterna et demanda :
-
Comment utiliser le Cœur afin qu’il reste uni au samādhi sans caractéristiques ?
-
La méthode bouddhique de la terre du Cœur que tu étudies est le grain que l’on sème. Les principes bouddhiques fondamentaux que je t’expose sont les ondées du ciel. Les conditions karmiques sont réunies et tu peux désormais voir la Voie.
-
La Voie n’a pas de caractéristique formelle, comment peut-on la voir ?
-
On peut voir la Voie avec l’Œil de la Loi de la terre du Cœur. On peut voir de même le samādhi sans caractéristiques.
-
Y a-t-il ou non production et destruction ?
-
Celui qui considère la Voie en termes de production et de destruction, d’accumulation et de dispersion, ne voit pas vraiment la Voie. Écoute ma stance :
Le maître [Mazu] connut alors l’éveil, son cœur et sa pensée furent ravis. Il servit son maître durant dix automnes, pénétrant chaque jour davantage le sens merveilleux et mystérieux (de la réalité).
717—742. Cette rencontre a probablement eu lieu en 730.
Compilations
- Eihei kōrokuEihei kōroku (Recueil des enseignements de Eihei Dōgen) de Dogen. : 281, 270, 345, 453, 499, 9-38
- Shinji shōbōgenzōShinji shōbōgenzō de Dogen. : 8
Sources
- Mazu Daoyi, Les Entretiens de Mazu : maître Chan du VIIIe siècle, traduit par Catherine Despeux, Editions Les Deux Océans, 2000, ISBN 978-2-86681-079-5.
- Thomas Cleary, J. C. Cleary, The Blue Cliff Record, Boston, 2005, ISBN 978-1-59030-232-3.